Bankinter : la france se méfie, ortiz dénonce l'aveuglement stratégique européen

Gloria Ortiz, directrice générale de Bankinter, a balayé d’un revers de main les inquiétudes concernant la stabilité financière liée au lancement de l’euro numérique, tout en lançant un couperet sur l’avenir des paiements digitaux en Europe.

Bizum, une réussite indéniable – et un avertissement pour bruxelles

Ortiz a non seulement confirmé le succès fulgurant de Bizum, qualifiant son fonctionnement de « merveilleux », mais a également souligné une tendance claire : l’interconnexion des paiements instantanés à travers le continent dépassera de loin le déploiement de l’euro numérique. Une perspective qui, selon elle, est cruciale pour éviter de répéter les erreurs stratégiques du passé.

L’euro numérique, un pragmatisme bancaire

L’euro numérique, un pragmatisme bancaire

La stratégie de Bankinter est limpide : s’appuyer sur l’infrastructure privée existante, déjà en place et éprouvée, pour étendre les capacités de l’euro numérique. « Il serait bien plus rapide et moins coûteux de faire des interconnexions plutôt que de créer un nouveau système à partir de zéro, soulignant Ortiz. Un choix pragmatique, loin des considérations politiques et des ambitions démesurées.

Le géant américain, un défi non négligeable

Le géant américain, un défi non négligeable

Face à cette approche, la directrice générale de Bankinter affiche une vigilance accrue. Elle exhorte l’Europe à anticiper la montée en puissance des stablecoins proposées par les concurrents américains, notamment Visa. « Nous devons nous positionner avant que les solutions privées ne prennent le dessus », a-t-elle déclaré, en rappelant l’historique douloureux de la cession de Visa Europe à Visa USA – un véritable désastre stratégique pour le continent.

La domination américaine, un risque à ne pas sous-estimer

La domination américaine, un risque à ne pas sous-estimer

La dépendance technologique européenne envers les acteurs américains, en particulier Mastercard et Visa, représente un risque majeur. La situation actuelle, où la majorité des infrastructures de paiement sont contrôlées par ces entreprises, nécessite une action rapide et déterminée de la part de l’Union Européenne. L'ampleur de ce risque est telle que Bankinter s'attend à ce que le marché reste dominé par les entreprises américaines pendant encore de nombreuses années.

Résultats financiers solides, mais un horizon à long terme

Bankinter a affiché des résultats financiers robustes au premier trimestre 2026, avec un bénéfice net de 290,66 millions d’euros, en hausse de 7,61%. Le ratio de rendement des capitaux propres (RoTE) a atteint 20%, et le ratio CET1, bien au-delà des exigences minimales, témoigne de la solidité financière de la banque. Cependant, Ortiz insiste sur la nécessité d’investir massivement dans le développement de l’euro numérique, en particulier dans son segment maiorista, pour garantir l’avenir des paiements en Europe. « Le potentiel du euro numérique maiorista est immense, et nous devons l'exploiter pleinement », a-t-elle conclu, soulignant que les avancées attendues d'ici 2029 ou 2030 sont trop lointaines pour justifier l’attente. Un message clair : l'Europe ne peut plus se permettre de laisser le leadership des paiements numériques aux mains des géants américains.