Le boj surprend : le yen en volée, la normalisation menacée

Le Conseil de politique monétaire du Banque de Japon a, pour la première fois depuis son arrivée, divisé, optant pour le maintien de son taux d’intérêt de référence à 0,75%. Une décision qui, loin d’être une surprise, a en réalité exacerbé les tensions au sein du conseil et, surtout, a envoyé une onde de choc au marché, propulsant le yen à un sommet inédit depuis des mois.

Une fracture au cœur de l’appareil

L’abstention de six membres face à sept favorables est un signal clair : la pression pour une normalisation de la politique monétaire au Japon ne cesse de croître. Powell se retire, Warsh se présente : la malédiction du relais à la Fed plane sur Wall Street, mais au Japon, la situation est d’autant plus délicate. Homin Lee, stratège de Lombard Odier, n’a pas mâché ses mots : « Cette division renforce les perspectives d’une prochaine hausse des taux en juin, et accentue le risque d’un ton prudent lors de la conférence de presse d’ Ueda, qui ne peut ignorer le nombre croissant de membres du conseil qui militent pour une action plus ferme. »

Les prévisions d’inflation, elles, sont montées en flèche, atteignant désormais 2,8% pour cet exercice fiscal, bien au-delà des attentes initiales. Le BOJ a même ajusté ses horizons de prévision, incluant désormais l’exercice 2028. Une volte-face subtile, mais significative, qui ouvre une fenêtre d’action, même si la croissance économique est en repli à 0,5% – une baisse par rapport aux 1% initialement anticipés.

L’ombre de trump et le chaos moyen-orient

L’ombre de trump et le chaos moyen-orient

La décision du BOJ est indissociable de l’incertitude géopolitique grandissante. La menace réitérée du président Trump, et les tensions au Moyen-Orient, notamment l’intervention iranienne, ont transformé les anticipations en une course à l’évasion. Les opérateurs scrutent désormais les déclarations d’Ueda, attendus ce mardi à 15h30, à Tokyo. La prudence est de mise : après une communication jugée trop accommodante lors de la dernière réunion, le risque d’une nouvelle interprétation défavorable au yen est bien réel.

Toichiro Asada, fervent défenseur d’une politique reflationniste, a fait son entrée au conseil, renforçant les positions plus favorables à une action monétaire. Ayano Sato, également partisan d’une approche similaire, s’ajoutera au conseil en juin. « Tout dépend de la situation en Orient Moyen », a déclaré Harumi Taguchi, économiste chez S&P Global Market Intelligence. « J’espère qu’Ueda soulignera, lors de la conférence de presse, qu’il reste engagé dans une politique de hausse des taux, tout en conservant une certaine flexibilité quant au moment de cette action. »

La situation, en somme, est un véritable cocktail explosif. Le yen, malgré son regain de valeur, reste fragile. Et le BOJ, tiraillé entre les injonctions du gouvernement Takaichi et les pressions du marché, se trouve à la croisée des chemins. La prochaine étape ? Une décision qui pourrait bien redéfinir l’avenir de la monnaie japonaise et de l’économie du pays.