Un mètre de frontière : l'enclave espagnole la plus minuscule du monde se prépare à de nouveaux défis
85 mètres. C’est la longueur de la frontière terrestre la plus courte du monde, et elle est espagnole. Une corde bleue tendue sur le sable d’une plage sépare l’Espagne du Maroc dans ce territoire contesté, patrouillé par des militaires espagnols. Le Peñón de Vélez de la Gomera, une petite île-rocher de seulement 0,019 kilomètres carrés, est l’enjeu de cette dispute géopolitique.
Un héritage colonial et une longue histoire de résistance
Vélez de la Gomera a vu le jour en 1508, sous le règne de Ferdinand le Cattolique, pour contrer l’activité des pirates qui terrorisaient la région. Pourtant, en 1522, l’île fut déjà prise par les forces marocaines, avant d’être reconquise par les Espagnols en 1564, sous Philippe II. Depuis, elle est restée sous souveraineté espagnole, et protégée par des troupes, malgré les provocations incessantes du Maroc et des Rifiens.
Pendant des siècles, ce minuscule territoire a connu des pires drames : épidémies de peste, de scorbut et de fièvre jaune, réduisant drastiquement sa population. Un cimetière témoigne du prix payé par ses habitants, dont les dépouilles ont été transférées sur la péninsule.

Une enclave stratégique et un défi constant
En 1921, face à la guerre marocaine, l’Espagne renforça sa présence sur Vélez de la Gomera, qui fut assiégée en avril 1922, puis relocalisée pour ses habitants civils par sous-marins. Aujourd’hui, elle dépend de la capitaine maritime de Melilla et est gardée par le Groupe de Réguliers de Melilla n°52, l’unité la plus décorée de l’armée espagnole. Une unité qui, comme l’a souligné le pilote de chasse Naranjo, est constamment en alerte, avec des F-18 et des Eurofighter prêts à intervenir sur la péninsule.
Initialement une île rocheuse, Vélez de la Gomera fut reliée au continent en 1930 par une étroite langue de terre, suite à un tremblement de terre et à la projection des vagues. Cette frontière, désormais délimitée par une simple corde bleue, sépare les militaires des touristes et des restaurants de poisson frais marocains, un microcosme de tensions géopolitiques.

Au-delà des chiffres : la réalité sur le terrain
L’enclave est dépourvue de sources d’eau potable et d’arbres. Autrefois, l’eau devait être acheminée depuis Málaga, mais aujourd’hui, elle est auto-suffisante grâce à une petite usine de désalinisation. Cependant, d’autres ressources doivent être acheminées par hélicoptère depuis la péninsule, un trajet qui prend 45 minutes en air et six heures en mer. Les ‘Réguliers de Melilla’ n°52, ces soldats chevronnés, sont à la barre. “Servir et aimer son pays, c’est protéger et aimer sa famille”, déclarait Esmeralda Ruiz, spécialiste des opérations spéciales. Et ce, au cœur d’une zone où les incidents avec le Maroc restent fréquents, comme l’occupation de l’Île de Pereira en 2002, puis l’intrusion d’infants de marine marocains. Malgré ces provocations, les militaires espagnols restent déployés, vigilants et prêts à défendre leur enclave.